Enjeux et difficultés d’un métier respecté mais pas pris au sérieux

Helena Zaugg, présidente de l’association suisse des infirmières et des infirmiers, nous parle des enjeux et des difficultés d’un métier respecté mais pas pris au sérieux.

Vous lancez une initiative « Pour des soins infirmiers forts ». Quel but poursuivez-vous ?

Nous sommes en situation de pénurie de personnel soignant. Dans toute la Suisse. Cette situation se remarque moins dans les cantons frontaliers car ils font appel à du personnel étranger. Néanmoins, la pénurie existe et elle est préoccupante.

Vous avez des chiffres ?

Un chiffre pour que vous vous rendiez compte du problème. Ces cinq dernières années, 10’000 infirmières formées en plus auraient été nécessaires pour couvrir les besoins de soins en Suisse.

Quelles sont les causes de cette pénurie ? Les salaires, les conditions de travail ?

Nous avons déterminé plusieurs causes. Un salaire et des conditions de travail attractives font évidemment partie du choix d’une jeune personne à se lancer dans une carrière ou non. Mais ce serait faux de tout réduire à de l’argent. Dans le monde hospitalier l’infirmier et l’infirmière ne sont pas considérés à leur juste valeur. Même pour changer un bandage, l’infirmier doit demander l’autorisation du médecin. La formation est de plus en plus exigeante. Le personnel détient un savoir précieux, mais n’est pas pris au sérieux.

Une frustration ?

Oui car ce sont des professionnels formés et capables. C’est effectivement frustrant quand vous devez demander l’autorisation de réaliser un acte banal dont vous êtes certain de la pertinence. Et cela coûte cher. Un autre exemple ? Dans les soins à domicile, un infirmier a besoin de la signature d’un médecin pour mettre un bas de compression à une personne âgée. Accorder une certaine autonomie aux infirmiers permettrait de simplifier un système déjà complexe et permettrait de réaliser des économies.

Cette initiative a donc fonction de revaloriser une fonction chahutée ?

Oui. Veiller à ce que les conditions cadres soient favorables, assurer une qualité de la formation, autonomiser le personnel formé. Je tiens à relever que nous ne sommes pas seules. De nombreuses associations de médecins nous soutiennent ainsi que de patients.

Connaissez-vous la situation neuchâteloise ?

Je ne suis pas une spécialiste de Neuchâtel, mais je connais la situation. Nous sommes satisfaits de l’actuelle CCT. Le partenariat avec les employeurs fonctionne et c’est tant mieux. Comme je l’ai déjà mentionné, c’est un canton frontalier donc la pénurie est moins forte. Mais je ne peux pas m’empêcher de vous rendre attentif à un point. Actuellement, quand nous manquons d’infirmières nous engageons des frontaliers. Et ces pays voisins se trouvent dans la même situation et engagent à leur tour du personnel de l’est. En Suisse allemande, nous engageons des Allemands, qui eux engagent des Polonais qui eux engagent des Tchétchènes. Moi je dis STOP. Formons notre personnel infirmier en lui accordant des conditions décentes.